Projet
1 Définitions du « romanesque »
Le romanesque, nous disent les dictionnaires, c’est : « 1- Ce qui est propre au roman en tant que genre littéraire (…), 2 – Ce qui évoque le roman par son côté sentimental, par la complication des péripéties, le caractère extraordinaire des faits qui s’y déroulent. 3- Ce qui évoque un personnage de roman que l’exaltation des sentiments, la rêverie débridée, le caractère chimérique des idées éloignent de la réalité (…)». Dans ces définitions se mêlent des aspects thématiques (amour, péripéties, merveilleux), psychologiques (voire ontologiques : la vie peut être «romanesque ») et plus ou moins étroitement génériques (le genre romanesque étant protéiforme, comment le caractériser ?). Pour clarifier la notion, une approche à la fois historique et conceptuelle s’impose donc aux membres du CERR / CERCLL.
2 Analyse de ses variations de sens au cours de l’histoire littéraire
Les avatars du romanesque depuis les romans grecs (Les Ethiopiques d’Héliodore, en particulier) jusqu’à nos jours en passant par le roman de chevalerie méritent être étudiés. Néanmoins le terme apparaît en français au XVIe siècle et se répand au XVIIe siècle, sous la plume de Charles Sorel et de Mme de Sévigné : en fonction des spécialités respectives de ses chercheurs, le Centre d’Etudes du Roman et du Romanesque fait porter ses travaux préférentiellement sur la période des XVIIe-XXIe siècle.
3 Recherche des invariants conceptuels
Le mot « romanesque » est toutefois susceptible d’un usage rétroactif : il y a déjà du « romanesque », nous le disions, dans les romans grecs, même si le mot pour le désigner n’est pas encore inventé. La notion mérite donc d’être étudiée pour elle-même. Ne suppose-t-elle pas toujours la comparaison avec un modèle culturel (intertextualité, parodie, etc.) ? Peut-on vraiment la réduire aux stéréotypes d’une époque (romantique, par exemple) ? Renvoie-t-elle le lecteur à une pure adhésion émotive ou, au contraire, à diverses formes possibles de la distance spéculaire ? Dans les années 1920, en France, Albert Thibaudet a relancé une réflexion sur cette question qui a été poursuivie depuis par Marthe Robert (dans L’Ancien et le Nouveau) et par bien d’autres. Bernard Pingaud, dans L’Expérience romanesque fait même du romanesque le principe de la création littéraire des romanciers.
4 Évaluation de la notion au regard des nouvelles méthodes critiques.
Le recours, traditionnel dans notre Centre, à la pluralité des méthodes critiques trouve ici une véritable justification. Le romanesque est une catégorie justiciable de définitions psychanalytiques, sociocritiques, thématiques, etc. Loin de la clôture du texte, les nouvelles approches critiques des textes par la pragmatique, les théories de la lecture (ou la génétique) doivent permettre de préciser une notion qui n’a de sens que pour un lecteur (ou un écrivain) dans le monde culturel qui l’entoure. L’étude de cette notion s’inscira donc dans le cadre des théories de la fiction, depuis Searle, en passant par Genette, Schaeffer, Pavel, Dorrit Cohn, etc..