2010 – mars – Les Orientaux face aux « orientalismes » : dialogue avec Edward Saïd

Journée d’études organisée par Ridha BOULAABI

31 mars 2010

Campus universitaire, Salle du SUP, Première étage de la Rotonde, Chemin du Thil, Amiens

PRÉSENTATION

Évoquant les raisons qu’ils l’ont poussé à écrire sur l’orientalisme européen, Edward Saïd propose l’explication suivante : « mon investissement personnel dans cette étude vient en grande partie du fait que, grandissant dans deux colonies anglaises, j’ai compris que j’étais un « Oriental ». Dans ces colonies (la Palestine et l’Egypte), puis aux États-Unis, toute mon éducation a été occidentale, et pourtant ce sentiment ancien et profond a persisté. En étudiant l’orientalisme, j’ai essayé de faire l’inventaire des traces laissées en moi, sujet oriental, par la culture dont la domination a été un facteur si puissant dans la vie des Orientaux. » (Saïd (E.), L’Orientalisme, traduction française, Paris, Le Seuil, 1981, p. 39).

C’est en 1967, lors de la guerre israélo-arabe, que cette part orientale de Saïd s’est révélée et l’a poussé à écrire L’Orientalisme. Publié en 1978, ce livre met en cause une tradition orientaliste très ancienne, mise au service de l’hégémonie et de l’impérialisme européen. Le succès de cet ouvrage dans le monde anglo-saxon ouvre la voie à de nouvelles recherches culturelles et contribue largement à l’émergence des études postcoloniales. Ce nouveau champ de savoir permet également à de nombreux intellectuels issus du Tiers-Monde, comme Gayatri Spivak ou Homi Bhabha, de revenir à leur tour sur l’héritage colonial des puissances occidentales.

Écrire en tant qu’ « oriental » sur l’orientalisme européen nous place d’emblée devant des problèmes complexes et des problématiques divergentes, à commencer par la définition même de l’intellectuel « Oriental ». Qu’est ce que l’ « orientalité » d’Edward Saïd ? Comment cette appartenance, qu’il évoque souvent au cours de ses entretiens, se traduit-elle dans L’Orientalisme ? Faut-il habiter l’Orient pour être « oriental » ? Quel regard porte-t-on sur l’orientalisme européen quand on se situe à l’intérieur de l’Orient ? Inversement, comment appréhender les phénomènes de déplacement, de migration, d’exil ou de « déterritorialisation » des « Orientaux » en Occident ? Ces derniers dépendent-ils des institutions occidentales dans lesquelles ils évoluent et par lesquelles ils diffusent leurs critiques ? Afin de prendre en considération la diversité des parcours et des métissages, quelle différence entre le discours critique d’un « oriental » arabophone, d’un « oriental » anglophone et d’un « oriental francophone » comme Anouar Abdel-Malek, dont l’article « L’orientalisme en crise » paraît en 1963 dans la revue Diogène.

Pour répondre à ces questions, nous proposons de partir des lectures « orientales » de L’Orientalisme de Saïd, qu’elles soient écrites en arabe, en anglais ou en français. On s’interrogera en particulier sur deux points essentiels qui concernent l’un les sciences humaines, l’autre la littérature  :

- l’existence ou non d’un regard purement oriental sur l’orientalisme en marge des théories occidentales ( « french theory », théories postcoloniales anglo-saxonnes).

- les répercussions directes et indirectes des critiques de Saïd dans les littératures arabophone, francophone et anglophone contemporaines du Maghreb et du Machrek.

PROGRAMME

9H30-10H00 : accueil des participants

Matinée sous la présidence de Marie Dollé, professeur de littérature française, Université de Picardie Jules Verne

  • 10H00-10H-45 : Daniel Lançon, professeur de littérature française et francophone, Université Grenoble 3-Stendhal : « Al Afghâni répond à Renan ou La voix des orientaux à Paris en 1883. Quelle actualité ? »
  • 10H45-11H30 : Christiane Chaulet-Achour, professeur de littérature comparée, Université de Cergy-Pontoise : « Recherches du XXème siècle sur Les Mille et une nuits sous l’éclairage d’Edward Saïd »
  • 11H30-12H15 : Andrew Stafford, professeur de littérature française et francophone, Université de Leeds, Royaume-Uni : « Ethnographie ou orientalisme? Les « portraits » photographiques de Marc Garanger dans « La photo d’identité » de Leila Sebbar »

Après-midi : sous la présidence de Sarga Moussa, directeur de recherche au CNRS

  • 14H00-14H45 : Ridha Boulaâbi, docteur en littérature française et comparée, Université de Picardie Jules Verne : « L’Orientalisme et les « Orientaux » : état des lieux »
  • 14H45-15H30 : Alexis Tadié, professeur de littérature britannique, Université Paris-IV Sorbonne, directeur de la maison de France à Oxford : « Sadik Jalal Al-Azm, lecteur de Saïd et Rushdie »
  • 15H45-16H30 : Stéphane Baquey, maître de conférences en littérature française, Université de Provence : « Edward W. Said, ambiguïtés et fécondité d’un moment critique pour une histoire culturelle renouvelée »
  • 16H30-18H00 : Entretien avec Ezzedine Guellouz, professeur d’Histoire émérite, Université Paris1, ancien ambassadeur de Tunisie auprès de l’UNESCO : « De l’orientalisme à l’occidentalisme »

Débat animé par Sarga Moussa


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